A batons rompus

Thursday, August 21, 2008

Le retour de la guerre froide ?


«La fin de la menace massive ne signifie pas la paix. Si l’illusion était tentante, la prolifération des crises et conflits hors d’Europe (Irak) ou en Europe même (dans l’ancienne Yougoslavie qui éclate avec l’URSS, dans le Caucase, aux confins asiatiques de l’ancien empire) devrait vite la dissoudre... » (Dominique David Sécurité : l’après-New-York Presse des Sciences Po. Paris 2002 p. 17).

Le déclanchement de la guerre de Géorgie engage un re-examen de la géopolitique internationale, une re-évaluation des mutations du jeu des acteurs sur la scène-monde, une redéfinition de notre conjoncture d’histoire immédiate appelée hâtivement post-guerre froide. Dans son analyse pertinente, Dominique David, estime que la fin de la guerre froide, constitue « une révolution » tout en étant « une non-guerre» et il fait valoir que le « différentiel de puissance » dont s’assure désormais les Etats-Unis met fin à «l’antagonisme des blocs militaires» (Dominique David Sécurité : l’après-New-York op.cit. pp. 12-15). Bien entendu, les considérations stratégiques étaient confortées par la « guerre idéologique », entre le capitalisme et le communisme, permettant aux deux protagonistes de légitimer leur différend et de définir leurs aires d’alliances.
Dans ce contexte de l’après-guerre froide, du désaveu du communisme en Europe centrale et orientale et de l’homogénéisation idéologique qu’il engagea, la Russie se résigna à voir ses anciens alliés quitter le bateau. Plusieurs d’entre eux rejoignirent l’Union Européenne et/ou de l’Otan. L’Ukraine et la Géorgie engagèrent le processus de leur intégration dans le club atlantiste. Assumant leur alignement, la Pologne et de la République Tchèque permirent aux Etats-Unis d’envisager de déployer sur leur sol, leur bouclier anti-missile, soi-disant, pour protéger leur territoire contre d'éventuelles attaques de pays comme l'Iran. Situation asymétrique, caractérisée par l’éloignement de la menace des Etats-Unis et de la défense territoriale qu’elle implique, alors que la Russie a comme voisins des alliés du clan adverse. Sur les autres scènes (Irak, Palestine Afghanistan Iran etc.) la Russie dut prendre acte de son statut d’acteur de deuxième niveau, sinon de comparse, dans l’ère monopolaire. En dépit de l’entrée sur la scène internationale, d’autres acteurs, particulièrement l’Union Européenne et la Chine, le jeu géopolitique reste dominé, dans une certaine mesure, par « les adversaires-partenaires» (expression de Raymond Aron) de la guerre froide. Mais les Etats-unis ont profité de la redimension effective de leur challenger de la guerre froide et de la rupture de l’équilibre bipolaire qui s’en suivit, pour étendre, comme on l’a vu, leurs moyens et leurs champs d’action.
Dans cette analyse de l’enchaînement des faits depuis la chute du mur de Berlin, il apparaissait que Moscou a «peu de chance de reconstruire, à moyen terme, une vraie puissance extérieure avec une capacité de projection militaire massive » (Ibid, p. 16). Or, la guerre de Géorgie semble annoncer un tournant, vu le processus de redynamisation militaire (intervention en Géorgie) et diplomatique (position différentielle sur la question du nucléaire iranien), mis en oeuvre par l’Establishment russe. Le duel américano-russe pourrait s’engager, par acteurs interposés, dans le nouveau contexte. Nous retrouvons les termes de référence identifiés par l’analyse de Dominique David : «Au temps de l’affrontement EST-OUEST, dit-il, la garde du sanctuaire était première, centrale, l’action extérieure marginale ». Or, désormais « l’essentiel de la problématique est tourné vers l’organisation de l’intervention de stabilisation extérieure (op. cit. p. 19).
Dans la crise actuelle, le rôle de l’Union Européenne et du Président Sarkozy, a permis d’élaborer, dans l’urgence, un accord de cessez le feu. Les observateurs ont souligné l’attentisme américain, tempéré par un engagement diplomatique, la pause de réflexion atlantiste et l’absence du consensus nécessaire au sein du Conseil de Sécurité. Le compromis conjoncturel du cessez le feu, a eu certes, le mérite d’arrêter les affrontements meurtriers ; mais il laisse plusieurs questions en suspens, difficiles à régler par les instances internationales. Peut-on exclure, comme geste de sagesse, un accord bilatéral lorsque les relations seront apaisées ?
Notons, dans le cadre des repositionnements signalées, dans l’aire de voisinage de la Russie, son ancien glacis protecteur, la signature le 20 août à Varsovie, par la Pologne et les Etats-Unis d’un accord de coopération militaire qui prévoit l'implantation d'ici 2012 de dix intercepteurs capables de détruire en vol d'éventuels missiles balistiques à longue portée. L’empressement des signataires s’explique par l’escalade de la guerre de Géorgie. La présence à sa frontière de ce bouclier antimissile et le déploiement, en Pologne, des batteries anti-aériennes de dernière génération ne sont pas de nature à dissiper les craintes de la Russie. Des interventions militaires préventives, contre la Russie ou la Pologne ne peuvent plus être exclues. Elles sont susceptibles de remettre à l’ordre du jour la course aux armements.
Comment définir, dans ces conditions, la nouvelle ère qui s’annonce ? Fin du monde monopolaire ? Retour à la guerre froide ou du moins à la course aux armements ? Prémices d’un monde multipolaire ? Peut être faudrait-il tout simplement inscrire les guerres de l’ère post-guerre froide dans les effets d’une géopolitique de puissance et des affrontements qu’elle annonce et génère ? Nous pensons plutôt qu'il serait prématuré de conceptualiser les soubresauts de cette conjoncture.

Professeur Khalifa Chater

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