Quel scénario de sortie de crise en Palestine ?
La sécession de Gaza et la guerre civile entre Fath et Hamas qu’elle a mis à l’ordre du jour ne sont pas de nature à servir la cause palestinienne. Point d’unité de vue entre les deux mouvements sur la stratégie de libération, la négociation du processus de paix et, bien au-delà, du projet de société de l’Etat à édifier. La conduite des négociations par la Présidence, dans un contexte bien défavorable - vu la volonté de leur vis-à-vis de gagner du temps, de poursuivre la colonisation et la « pacification », pour imposer le fait accompli - ne pouvait que subir les contrecoups de cette division. L’affrontement du samedi 2 août 2008 - l’encerclement du faubourg de Chédjaïa, son encerclement par des hommes du Hamas et les combats meurtriers qui s’en suivit - illustrent cette montée des périls. Des membres du Fatah, - le chef du clan, Ahmed Helles, ainsi que 179 de ses hommes - furent contraints de se réfugier auprès des troupes d’occupation, qui ne manquèrent pas l’occasion de les humilier. Cet état révèle la dégradation de la situation et la dérive de la résistance, qui fait valoir les intérêts fractionnels sur la cause nationale.
Quels scénarios de sortie de crise ? El-wifak el-Arabi a tenté, dans une étude pertinente intitulée «Palestine, les choix difficiles» (août 2008) d’identifier les différents scénarios possibles :
1- Le statu quo permettant de maintenir les deux pouvoirs, celui d’Abou Mazen, en Cisjordanie et du Hamas à Gaza, au profit de l’establishment israélien qui saisirait cette opportunité pour occulter le traitement des questions essentielles de Jérusalem, des réfugiés et des frontières.
2- La perte du pouvoir de l’autorité palestinienne et sa délégitimation. Ce qui permet à l’Etat israélien de maintenir son occupation. Il profiterait, de telles circonstances, pour assurer l’expansion de sa colonisation, sous des prétextes sécuritaires. Gaza serait, dans ce cas, un canton autonome ou d’apparence autonome.
3 - Possibilité de faire valoir une volonté ferme et réelle pour mettre fin à la division et à la partition territoriale. Ce qui permet de créer un ordre palestinien nouveau, sur des bases nouvelles. Les Palestiniens devraient payer le prix de leur réunification, accepter des sacrifices et effectuer des révisions déchirantes.
Reconnaissons, cependant que les conditions de la reconstruction nationale ne sont pas réunies. Qu’il nous suffit de signaler l’incompatibilité entre les discours des acteurs, leurs choix stratégiques prioritaires dans leurs dosages respectifs entre la résistance et la négociation. Notons, d’autre part, que dans le cas palestinien, l’impact de l’environnement régional est très important. La démarcation entre les deux axes arabes (radicaux et modérés) conforte la division palestinienne, par les alliances différentielles entre les deux mouvances qu’elles entretiennent. Frappant le Hamas d’ostracisme, Israël, les USA et dans une moindre mesure l’Union Européenne, culpabilisent toute volonté de dialogue des autorités palestiniennes avec le Hamas. Or, toute négociation suppose de traiter avec tous les acteurs sur le terrain. De son côté le Hamas diabolise tous ceux qui engagent des pourparlers, ne fut-ce dans le cadre de l’initiative arabe de paix, formulée lors du Sommet de Beyrouth et confirmée dans leurs différentes instances.
A ce propos, ne devrait-on pas encourager la construction d’un dialogue palestinien, sur cette initiative de paix, qui bénéficie d’un large consensus arabe ? Ne faut-il pas faire valoir sur cette base, un compromis, mettant à l’ordre du jour la négociation, sans exclure les moyens de résistance, qui ont constitué des facteurs de dissuasion dans la lutte, lors de la décolonisation ? Une telle stratégie pourrait être cautionnée par l’engagement arabe en faveur de la reconstruction de l’unité et confortée par solidarité arabe contre la normalisation, hors du processus de paix.
La politique progressive peut donner des résultats, mais dans la mesure où le vis-à-vis prend des engagements et assure leur application. Nous en sommes pas là hélas. Ce qui nécessite de revoir la donne, de corriger les tactiques et d’opter pour une stratégie réaliste et lucide, bien adaptée au contexte du refus et de l’impuissance internationale.
Labels: aire arabe

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