A batons rompus

Tuesday, July 29, 2008

Il faut réhabiliter les acteurs du sud

« Processus de Barcelone : l’Union pour la Méditerranée », projet d’avenir ou projet mort-né ?

Avis du Professeur Khalifa Chater


Question : De quelle manière est perçu, dans votre pays, le projet « Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée », à la fois par l’opinion publique et par les autorités officielles ?

Réponse : L’opinion publique et les autorités ont bien accueilli le projet. On souhaite que ce projet réponde aux enjeux et aux défis de l’aire par la constitution d’une communauté fondée sur la paix, la solidarité et la prospérité. Une participation active aux instances préparatoires et à la réunion du 13 juillet permettrait, je l’espère, l’appropriation collective du projet et son enrichissement, par la prise en compte des priorités des pays sud-méditerranéens. Il s’agit de construire le compromis fondateur, condition sine qua none de sa réussite.

Pour la jeunesse tunisienne, la réalisation d’un tel partenariat et l’ouverture de l’horizon qu’il implique, semblent répondre aux attentes. Rêve ou utopie, elle met en avant la nécessité de la libre circulation des personnes et la suppression du mur méditerranéen.

Question : Considérez-vous que ce projet est en mesure, véritablement, d’apporter du nouveau à la problématique et aux méthodes envisagées lors des initiatives similaires précédentes, notamment le processus de Barcelone ?

Réponse : Le projet se fonde sur une appréciation lucide des résultats modestes du processus de Barcelone, de l’abandon de son approche multilatérale dans «la politique de voisinage » et de l’occultation des dimensions socio-économiques, géopolitiques et culturelles du partenariat. Ce diagnostique originel, qui réhabilite les partenaires du sud et évoque, en conséquence, une redynamisation des processus de solidarité, a suscité de l’intérêt et de l’enthousiasme. La définition collective des enjeux et des objectifs au cours d’un sommet fondateur, - un postulat faisant valoir la multipolarité - doit prendre en compte les exigences citoyennes de tous. Espérons cependant que les concessions de la genèse : recherche coûte que coûte du compromis, élargissement du périmètre, exclusion des questions d’actualité, ne réduisent pas les enjeux et les ambitions de ce projet historique. Sachons garantir cette mue du rêve en réalité, fut-elle le résultat d’un processus progressif.

Question : L’Union pour la Méditerranée sera, fatalement, confrontée aux conflits qui essaiment dans la région, conflit du Sahara Occidental, conflit de Chypre, conflit israélo-palestinien. L’Union doit-elle aborder ces conflits ou, plutôt, les contourner ?

Réponse : On ne peut occulter la donne politique dans un projet de cette envergure. Comment créer une communauté de prospérité, de coopération et de solidarité, sans assurer un climat de paix ? Il faudrait peut être inaugurer la mise sur pied de ce processus par la création, dans le cadre de ce partenariat, d’un comité ad hoc pour faire valoir des solutions aux conflits et différends, traiter les questions graves de l’aire telles que la question palestinienne. Faut-il négliger cette conditionnalité de la réussite.

Question : Quels sont les chantiers majeurs que peut ouvrir le projet « l’Union pour la Méditerranée »? Quelles mesures de sauvegarde envisager pour que s’assurer que la démarche profite équitablement à toutes les parties au projet ?

Réponse: L’élargissement du projet - il rassemblerait désormais 44 pays riverains de la Méditerranée et de l'Adriatique -, peut assurer, la réussite du processus. Il permettrait à l’Union Européenne de le doter d’importants financements communautaires, tout en sauvegardant sa direction paritaire Nord/Sud. Notons cependant que l’Union Européenne fait défection, en matière de financement. "Les projets régionaux ne peuvent être mis en œuvre au détriment de nos budgets existants", a insisté la commissaire de l’UE, souhaitant privilégier le recours à des fonds privés, des fonds d'Etats, membres ou non de l'Union, ou encore aux institutions financières internationales. Les partisans d’un plan Marshal européen, dans le cadre d’une solidarité communautaire ne peuvent qu’être déçus.

D’autre part, la formulation des projets phares de l’UPM, par l’U.E. : Autoroute du Maghreb, dépollution de la Méditerranée, développement de l'énergie solaire, coopération en matière de protection civile contre les catastrophes montre l’intérêt qu’elle porte au projet. Mais n’aurait-il pas fallu associer les pays sud-méditerranéens à la formulation des projets prioritaires. Notons d’autre part, que ces projets n’ont pas l’ambition de participer au traitement de la question préoccupante de l’emploi, à la fracture socio-économique méditerranéenne, à l’échange inégal et qu’ils occultent toute politique de co-développement.

Question : Dans le même esprit, quelles sont les conditions à réunir pour garantir une équité parfaite dans la gestion institutionnelle de « l’Union pour la Méditerranée » ?

Réponse : La définition des projets génériques de l’UPM et la velléité de remise en cause du siège dans un pays du Sud, par l’installation parallèle d’un "comité de direction", basé à Bruxelles, attestent une volonté de l’U.E. de sauvegarder sa prédominance dans les mécanismes de prise de décision et de gestion.

Il faut tirer les enseignements de l’expérience de Barcelone, réhabiliter les acteurs du Sud, faire valoir les normes d’une collégialité réelle, pour assurer les conditions de réussite du compromis fondateur de l’Union pour la Méditerranée. Ne serait-il pas plus conforme à l’esprit de ce partenariat nouveau, de présenter les vues de l’U. E. comme des propositions et non des décisions et reformuler les termes de références en tenant compte des attentes des pays sud-méditerranéens. A plus ou moins longs termes, il faudrait réaliser la mutation progressive de l’UPM d’une union de projets à un projet d’union.

(Dossier réalisé par Mohamed ChaPublier le messagefik Mesbah

Voir Le Soir d’Algérie, 13, 14, 15 juillet 2008)

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