A batons rompus

Sunday, July 30, 2006

Non, vous n’avez rien vu à Cana … !

Non, vous n’avez rien vu à Cana … ! Les médias ont présenté cette comptabilité macabre… 56 morts dont 37 enfants … Les TV du Monde ont présenté ces images insoutenables … ces corps déchirés… Ces enfants surpris en plein sommeil … cet effondrement d’immeubles du fait du pilonnage d’une zone résidentielle du village, situé à l'est de Tyr, qui a étouffé ces populations en détresse, à la recherche d’un abri… Vous ne pouvez voir ces scènes d’une humanité déshumanisée… qui re-édite avec assurance et enthousiasme ces crimes d’une période qu’on croyait révolue !
« Nuits et brouillards » … On croyait que l’humanité a retrouvé ses normes, après les cauchemars de la seconde guerre mondiale, qu’elle a repris conscience des dangers des dérives commises par les apprentis sorciers… qu’elle a mis au point des chartes de respectabilité humaine … qu’elle a créé des observateurs de culture de la paix et des structures de veille, pour prévenir et condamner et mettre hors d’état de nuire…
Peut-on passer sous silence le carnage de Cana, acte criminel délibéré, dans le cadre d’une agression caractérisée ? Peut-on le mettre sur le compte des profits et pertes de la stratégie de construction d’un nouveau Moyen-Orient de « prospérité partagée», de «gestion démocratique ? Toute pensée libérale qui se respecte ne peut que condamner les auteurs bien identifiés de Cana 2006, les mêmes qui ont accomplis Cana 1996, dans le cadre de la poursuite d’une politique coloniale condamnée par les lois et tolérée dans la praxis.
Peut-on se permettre alors d’évoquer l’éthique des Nations Unies, les grands principes de liberté, de démocratie et d’autodétermination des peuples, alors qu’on les bafoue sans ménagement, dans le cadre des alignements diplomatiques, des alliances géopolitiques volontaires ou obligées ? Comment interpréter cette paralysie de l’ONU, où les rapports de forces annihilent l’application des normes ? Ce traitement différentiel des résolutions de l’ONU constitue le meilleur indicateur de sa « crédibilité » ? Quel triste diagnostic de la gestion diplomatique du monde !
Montée des périls, les événements de Gaza et du Liban sont graves par leur signification, leurs implications, leurs conséquences. Prenons la mesure de l’événement et des effets de ressentiments qu’il nourrit au sein des nouveaux damnés du Moyen-Orient, des laissés pour compte de ce scénario, dont la guerre de l’Irak, l’annihilation du processus de paix et l’agression du Liban, constituent des repères significatifs. La désillusion est mauvaise conseillère. Comment peut-on alors remettre les pendules à l’heure, reconstruire les conditions de paix, de réconciliation, au profit de tous les peuples de l’aire moyen-orientale, après cette ère d’épreuves. Faut-il attendre l’arrivée de nouvelles générations, qui sauront, je l’espère, à la suite d’une lucide conscientisation, ranimer la flamme de la paix, dans un Moyen-Orient libéré de cette pesanteur internationale qui limite sa marge de manoeuvre.

Professeur Khalifa Chater
Vice-Président de l’AEI

Saturday, July 15, 2006

La grande désillusion

Le Moyen-Orient vit, ce que nous avons appelé, "l’âge des extrêmes" (notre analyse, « le processus de paix israélo-palestinien, la nouvelle donne ! » in agoravox du 30 janvier 2006). Ce qui se déroule actuellement s’inscrit dans la logique de l’évolution de la crise, en relation avec les nouveaux rapports de forces, établis par l’ère monopolaire et consolidés par la guerre contre l’Irak et la restructuration des alliances qui s’en suivit. Le scénario mis en exécution laissait carte blanche à l’allié israélien, aux dépens de tous les autres acteurs sur le terrain. Alliés ou adversaires peu importe, « l’alliance exclusive » faisait valoir ses options fondatrices. On s’accommode de cet « état des choses », à savoir le non-traitemant de la question palestinien, la poursuite de l’occupation coloniale et la mise en échec de la normalisation des relations entre les différents « partenaires» d’un nouveau Moyen-Orient pacifique, assurant la prospérité et le bien être de ses populations.
Le contexte de ressentiment, de colère et de maturation/pourrissement politique ne pouvait que favoriser cette montée des périls. L’occupation, «une agression permanente » re-actualise la résistance et favorise sa radicalisation, par les nouveaux acteurs que l’évolution privilégia. Elle crée le « pretexte », au pouvoir israélien, pour agresser, en toute impunité Gaza puis le Liban, détruire leurs infrastructures, bombarder leurs populations civiles, établissant un blocus illégal et arbitraire.
La nouvelle donne - qui redéfinit aux yeux des observateurs et des victimes, l’agresseur et ses cercles d’alliances, ceux qui s’alignent sur ses positions ou se taisent, en attendant qu’il termine sa besogne machiavélique, est instructive à bien des égards. Elle atteste, s’il en est encore besoin, que la diplomatie internationale, use et abuse des principes qu’elle évoque, pour faire valoir les intérêts bien compris, en relation avec les rapports de forces sur le terrain. Que dire dans cette situation, où le Conseil de Sécurité ne peut ordonner un cessez - le - feu ? Seul le silence est grand …

Professeur Khalifa Chater
Tunis, le 16 juillet 2006

Friday, July 07, 2006

Le silence complice

Les événements de Gaza jettent le masque et permettent de dégager la bonne graine de l’ivraie, dans le discours et la praxis… On parle de droits de l’Homme. Mais les actes font valoir leur négation. Dans ce Moyen-Orient, objet des discours éloquents sur la nécessaire bonne gouvernance, on laisse « l’alliée du monde libre », consolider son occupation, exercer un terrorisme d’Etat, pour détruire les infrastructures. Faut-il commenter l’arrestation des ministres et des députés palestiniens, par ce redéploiement des forces, dans les terres re-occupées ? La tolérance de cette pratique montrerait que l’Establishment international considère le processus électoral, comme un simple alibi, dans des argumentaires politiques conjoncturels.

Fallait-il, d’autre part, par cette politique - maladroite du point de vue des partisans de la paix mais pertinente du point de vue des expansionnistes - pousser le Hamas, dans ses derniers retranchements, en vue d’auréoler, par une politique d’escalade, ses dirigeants, consolider ses assises populaires et parvenir ainsi à ajourner machiavéliquement Sine Die la libération de la Palestine ? L’histoire nous a appris, qu’en fin de parcours, tous les expansionnistes ont échoué, tels les partisans de l’élargissement de « l’espace vital », en Europe. Maigre consolation, dans cette histoire néo-coloniale, où l’on enregistre, chaque jour, morts d’hommes.

Unique scénario, pour une sortie de crise et mettre fin aux actes de résistance et à certains aléas de la conjoncture, qui peuvent s’en suivre, - tel le sort de ce soldat capturé dans ce climat de ressentiment, de désespoir, de fermeture de l’horizon et du verrouillage concentrationnaire -, le retour à la table des négociation et la délégitimation de l’occupation. Ainsi avait-on appris, dans les livres d’histoire de l’indépendance américaine, de la résistance gaullienne et du processus de décolonisation du monde.


Professeur Khalifa Chater
Vice-Président de l’AEI